Juil 26 2017 | ICOSI

Le potentiel de l’Économie Sociale et Solidaire au Burkina Faso, au Sénégal et en Côte d’Ivoire

Dans le cadre d’un partenariat entre l’Institut de Coopération Sociale Internationale (ICOSI) et l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF), appuyé par une demande exprimée par l’Agence Française de Développement (AFD), une étude a été réalisée afin de faire état du potentiel que représente l’économie sociale et solidaire (ESS) pour les pays en voie de développement. Elle a pour objet de réaliser un état des lieux de l’ESS (environnement, acteurs, défis et opportunités) au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire et au Sénégal en vue de présenter des recommandations pour les collectivités et les élus locaux afin de leur permettre de promouvoir davantage l’ESS au niveau de leurs territoires.

Le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, tous les trois des pays d’Afrique de l’Ouest, présentent des caractéristiques socio-culturelles similaires, des indices de développement humain faibles, et ce malgré des taux de croissance élevés, et ont connu des alternances politiques. Le développement économique de ces pays a permis l’essor de territoires comme nouveaux espaces de développement et de création de richesses.

Dans les trois pays, un processus de décentralisation, de création et de renforcement des collectivités locales a été entamé et a permis l’accroissement des prérogatives propres ou partagées des ces collectivités locales. Un cheminement spécifique a permis à chacun des trois pays de développer l’ESS à travers des pratiques socio-économiques ancrées dans un environnement où la notion de groupe joue un rôle très important dans l’organisation de la vie en société. Ces pratiques prennent source dans différentes dynamiques communautaires et collectives, qui se déclinent différemment en fonction des domaines d’action et du milieu géographique (urbain ou rural).

L’analyse de ces trois pays permet d’élaborer des recommandations à l’adresse des collectivités locales afin de leur permettre de développer l’ESS dans leurs territoires et de renforcer davantage l’ancrage local de pratiques sociales et solidaires. Il s’agit notamment d’examiner les cadres légaux et institutionnels ainsi que les outils de financement pouvant permettre le développement de l’ESS au niveau local.

Le développement local: un concept récent dans les trois pays

Dans les trois pays, les organisations de l’ESS ont toujours contribué, à côté des collectivités locales (CL), à la promotion du développement local. Leur apport et leur importance ne sont cependant pas souvent bien maîtrisés et valorisés par les CL, qui connaissent peu les organismes d’ESS pour diverses raisons (mauvaise maîtrise du concept de l’ESS, manque de concertation réelle entre les acteurs, méfiance mutuelle, absence de prise en compte et donc de suivi des actions des acteurs liés à l’ESS dans les territoires, etc.). Afin de comprendre l’implication des CL dans le développement et la promotion de l’ESS dans les trois pays, il convient de faire un état des lieux des convergences actuelles entre les CL et les acteurs locaux du développement issus de la société civile.

Ces convergences s’inscrivent dans le cadre des politiques publiques de décentralisation, mises en œuvre par les États depuis la fin des années 1980, où la décentralisation a été défini comme priorité politique dans la plupart des États africains. L’émergence de pouvoirs locaux a déplacé le centre d’intérêt des pouvoirs publics, des bailleurs de fonds et des organismes internationaux vers le renforcement des capacités institutionnelles des CL, notamment en matière de soutien et de promotion d’action de développement économique local.

Enjeux et perspectives de cette étude

Dans les trois pays, le concept du développement local est relativement récent mais désormais présent. Le développement local part d’une approche territorialisée de l’action publique, avec pour finalité d’instaurer un processus de mobilisation d’acteurs élaborant des stratégies d’adaptation aux contraintes externes (ou internes), sur la base d’une identification territoriale. Le développement local se matérialise dans ces pays dans un contexte d’expression des besoins et de définition des priorités par les acteurs, via les relais que sont les organismes d’ESS ainsi que les dispositifs et les politiques mis en place par les pouvoirs publics locaux, sur la base d’une relation triptyque territoire-acteurs-actions.

En effet, le rôle des citoyens est au cœur du dispositif de développement local. Il permet l’implication de la société civile dans un cadre structuré (ONG locale, association ou groupement local, groupements de femmes, de jeunes, autorités coutumières, comités de gestion, coopérative, etc.) aux côtés de l’ensemble des autres acteurs publics du territoire (les maires et le Conseil municipal, les services déconcentrés de l’Etat, l’Etat central, etc.) dans la conception de stratégies de développement locaux.

Dans les trois pays, les organismes de la société civile en général, et les acteurs de l’ESS en particulier, sont très actifs dans la définition des objectifs de développement, l’identification des actions à mettre en place pour la réalisation de ces objectifs, la recherche de ressources nécessaires à leur réalisation, mais également l’exécution, le suivi et l’évaluation de ces actions. Les CL dans les trois pays sont appelées à développer des partenariats dynamiques avec les organismes d’ESS, pour offrir des services de qualité aux citoyens, notamment dans l’accès aux services sociaux de base et la valorisation des filières porteuses.